CléA à la maison d’arrêt de Corbas

Depuis 1993, la direction de l’administration pénitentiaire et Pôle Emploi travaillent en étroite collaboration pour assurer la réinsertion professionnelle des personnes détenues. En Juin 2018, avec la volonté de Mme Ursula SANZE, conseillère Pôle Emploi, nous expérimentons CléA à la maison d’arrêt de Corbas.

Le certificat CléA

Basée sur le socle de connaissances et de compétences professionnelles, CléA est la certification interprofessionnelle élaborée par les partenaires sociaux pour sécuriser le parcours professionnel et/ou développer l’employabilité des salariés et demandeurs d’emploi. Son originalité est de permettre un parcours de formation personnalisé, précédé par une évaluation qui balaye 7 domaines de connaissances et de compétences réparties en 28 sous-domaines et 108 critères.

CléA est un diplôme officiel qui valorise donc les connaissances et compétences professionnelles. Son évaluation préalable constitue la première étape dans la démarche de certification. Elle permet de mettre en évidence ses acquis, ses compétences et connaissances. Elle est aussi l’occasion d’identifier d’éventuels besoins de formation et d’amorcer une phase de projet.

A la maison d’arrêt de Corbas, plusieurs objectifs sont visés. Nous devons tout d’abord permettre à des personnes incarcérées d’accéder à cette certification. Ensuite, nous devons mobiliser les personnes dans leur parcours d’insertion et mettre en place un parcours d’accompagnement adapté.  

Une fois obtenu, ce certificat peut permettre aux personnes de prouver à leur futur employeur qu’elle maîtrise ces domaines et les bases pour occuper l’emploi proposé.

Un tremplin à la sortie

La session CléA réalisée à la maison d’arrêt de Corbas, en juin 2018, s’est déroulée, une fois contacts pris, lieux reconnus, environnement perçu, comme une session -presque- ordinaire.

Trois réunions d’information collective ont été réalisées. La présentation à la certification Cléa s’est faite sur le mode du volontariat. Après présentation du dispositif à un groupe de bénéficiaires potentiels, les personnes présentées ont fait le choix de réaliser ce parcours certifiant dans une volonté de consolidation d’estime et de confiance en soi, d’acquisition d’un outil supplémentaire qui les aidera dans leurs démarches prochaines vers un retour à l’emploi et/ou un parcours complémentaire de formation.s personnalisée.s.

Hugues, formateur IFRA décrit les premières impressions des candidats. Le questionnement récurrent, lors du premier entretien, fut à propos du contenu : « Qu’est-ce que l’on va faire ? Est-ce un examen ? » ; « Si j’échoue, il y a des conséquences ? » ; « Si je réussis, ça peut changer ma situation ? ». « Se mesurer à soi-même n’est pas simple, ne pas savoir comment se fera cette mesure génère de l’incertitude. ».

Le déroulé de l’évaluation proprement dite a dû être ajusté à la particularité du lieu pour ce qui concerne notamment la partie communication numérique et l’absence de connexion Internet. Les candidats ont su s’adapter, réagir et répondre aux attentes.

Au total, 36 candidats, hommes et femmes, se sont présentés sur 3 sessions. Grace à une sérieuse implication dans toutes les étapes du dispositif, 83% ont obtenu leur certification CléA et 17% ont reçu la recommandation d’un parcours de remise à niveau dans les domaines manquants. 100% des évalués recommandent la certification CléA, même s’ils notent une impossibilité de juger l’apport « immédiat » compte-tenu de leurs conditions actuelles. Cette certification génère toutefois de nouvelles ambitions pour leur sortie : « Cela m’a permis de faire un point et de me projeter plus concrètement dans mon projet », « Je pourrais utiliser ma certification pour pouvoir intégrer une formation qualifiante par la suite », « Cela permet de redonner confiance ainsi qu’un soutien positif et un élan de motivation sur les objectifs ».

Certains candidats évalués ont bénéficié d’aménagements de peines suite à l’évaluation. S’il était encore nécessaire de justifier l’existence et l’intérêt de CléA, cette session en milieu pénitentiaire montre que ce dispositif a toutes raisons d’être.